La légende du Mistral

Rose des vents en Provence                     

LA LÉGENDE DU MISTRAL

 

Il y a bien longtemps, un maître des vents prit naissance au nord de l’Ardèche,  dans le Vivarais, sous l’arche géante d’un rocher ajouré, d’où surgit son bruit sonore. Impérieux, grincheux, il se gonfle en tourbillons et en bourrasques, avant de partir en rafales puissantes balayant tout sur leur passage. Les hommes l’ont nommé : le mistral.

Le mistral est imprévisible, lorsqu’il est en colère, il arrache tout, les tuiles, les clôtures, les arbres.

HERBES COUCHEES 2

Un jour, les paysans tinrent une réunion dans le village, afin de discuter de la manière la plus efficace pour le contenir.  Ils décidèrent de bâtir une barricade autour de son point de naissance,  sur chaque pilier du rocher, un calme jour d’hiver. Ils employèrent pour ce faire de solides planches taillées dans des oliviers centenaires, que des menuisiers avaient coupées et sciées des années auparavant, si bien que la barricade était d’une solidité à toute épreuve.

Un matin, le mistral, qui avait tout entendu, se retrouva enfermé. Furieux, il se mit à souffler sur les planches, de plus en plus fort, et le mugissement de ses rafales s’entendait à des lieues. Mais malgré tous ses efforts,  les planches résistèrent à ses accès de colère, il était bel et bien prisonnier.

Alors, en rage, il menaça le village : « Lorsque je parviendrai à me libérer, je déracinerai tout sur mon passage, il ne restera rien ! »

« Raison de plus pour te laisser enfermé » répondirent les villageois.

« Je vous maudis ! Votre pays ne sera plus que désolation, vos terres seront marécageuses et infestées de moustiques, l’eau croupira dans vos champs et dans vos maisons, les fièvres feront périr vos enfants et vos vieux. Ah, vous me regretterez rapidement ! »

cloture

L’été venu, de grosses chaleurs s’abattirent sur la région. Des odeurs effroyables se répandirent dans les rues des villages, des insectes agressifs attaquèrent les vieillards à la peau ridée et les enfants à la peau veloutée. Les eaux stagnantes devinrent pestilentielles. De gros nuages et des brumes étouffantes accablèrent le bétail et les hommes.

Les villageois se concertèrent et décidèrent donc de libérer le mistral, car il asséchait les terres détrempées, dissipait les nuages et s’avérait en définitive plus bénéfique que maléfique.

Le mistral, qui entendait les débats, prit la parole. Il promit que si on le libérait, il se ferait caressant et doux, et contiendrait sa violence naturelle.

Mais dès que la clôture fût abattue, la colère d’avoir été enfermé repris le dessus, et, laissant exploser sa rage, il se mit à souffler, gronder, accélérer ses rafales jusqu’à emporter des tuiles et des arbres.

C’est alors qu’un petit garçon lui chuchota : « Mais, et ta promesse alors ? Tu l’as oubliée ? »

Le vent déchaîné s’apaisa brusquement. Subitement, il câlina les arbres, caressa les tuiles des maisons, chatouilla les clôtures des jardins. Et bientôt, toutes les misères qu’avaient endurées les paysans ne furent plus qu’un mauvais souvenir.

Mais, on ne se refait pas, et les vieux démons du mistral persistaient malgré sa bonne volonté : pour ne pas faillir à sa promesse, il décida alors de déménager plus vers le sud, vers d’autres régions où il pourrait donner libre cours à ses instincts : c’est ainsi que depuis lors, il souffle dans les plaines du midi…